Vers une primaire à gauche ?

forum-citoyenSamedi 16 avril, au théâtre de la Porte St Martin, se tenait le Forum citoyen pour une primaire à gauche. Histoire de mobiliser les troupes, mais aussi et surtout de proposer un tour d’horizon des enjeux en vue de 2017 : pour cela, 4 tables rondes thématiques sur scène, devant un public grisonnant (la cinquantaine bien tassée) parsemé de militants bien gueulards. Alors, est-ce que la gauche est prête ? Bilan des débats.

Comment rétablir le vivre ensemble ?

« Vivre ensemble » : un terme employé à tout bout de champ, mais de plus en plus abstrait et vide de contenu, dans une France qui n’est plus celle de 1945 ou 1960. Les différents intervenants s’accordent sur les causes de cette évolution : fragmentation de la société (Benjamin Stora), manque de reconnaissance de l’histoire et de la culture des Français issus de l’immigration (Stora, Wievieorka), maintien de logiques de ségrégation pouvant mener au repli voire à la radicalisation (Laurence De Cock, Saïd Hammouche)… Malgré ces sombres constats, les indicateurs objectifs (niveau d’éducation, notamment) sont aujourd’hui meilleurs qu’il y a 30 ans (Hervé Le Bras).
Un débat finalement assez convergent sur le fond, qui s’est brusquement tendu dès que les questions de voile et de radicalisation ont été abordées par le public. Imprécations, interpellations, injonctions intempestives… le sujet fait réagir, et la synthèse à chaud paraît impossible.

Quelle Europe voulons-nous ?

Sur ce sujet, le diagnostic est vite évacué car faisant consensus : l’Europe est impuissante, technocratique, l’Europe a mal géré la crise de 2008, mène une politique absurde avec la Grèce ou les migrants, etc.
Les intervenants se partagent entre différentes postures pour proposer un nouvel élan.

Cohn-Bendit considère que l’on peut agir dans le cadre des traités existants ; pour cela il faut de la volonté (« Hollande réveille-toi ») et une mobilisation citoyenne pour peser sur les politiques. Il y a une possibilité de conclure un deal avec l’Allemagne : une gestion commune de la crise des réfugiés contre un desserrement des politiques d’austérité. Et ainsi relancer une dynamique positive.

Thomas Piketty propose que l’on réforme les traités européens (simplifier, rendre les décisions plus transparentes et démocratiques) pour initier des politiques plus adaptées sur la dette ou les réfugiés. Susan George veut une Europe en rupture avec le néolibéralisme et les paradis fiscaux, tandis que Ulricke Guérot avance une utopie pour 2045 : une citoyenneté européenne.

Ce deuxième débat s’avère moins polémique, sur un sujet fort complexe. Si les solutions pour sortir de l’ornière ne font pas encore consensus, Cohn Bendit met tout le monde d’accord en proposant des listes européennes aux élections européennes, histoire d’en finir avec des élections de députés européens défendant leur pré carré national.

Que faire face à la crise écologforum-militantique ?

Après les deux très bonnes tables rondes du matin, celle du début d’après-midi est retombée dans du plus convenu, avec trois postures illustrant bien les difficultés actuelles de l’écologie politique.
Yannick Jadot développe une vision politico-militante largement axée sur la relocalisation et la décentralisation énergétique… énergique mais très « local » et peu explicite sur le contenu d’une stratégie nationale ne faisant pas l’impasse sur les enjeux de compétitivité dans un environnement globalisé.

A ses côtés, Aurélie Trouvé déroule le classique discours militant, sur le sujet de la transition écologique de l’agriculture. Au début calme, sa voix devient progressivement stridente, comme pour bourrer nos oreilles avec ses arguments. Fatigante.

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Guillaume Duval défend, lui, une approche plus raisonnée et raisonnable de la transition écologique, s’inscrivant dans les équilibres économiques et géopolitiques actuels. Il est hué par la salle…

Plusieurs interpellations du public sur le « mur écologique » dans lequel on va se fracasser, et la drôle d’impression que le débat n’avance pas beaucoup depuis 10 ans. Qui, aujourd’hui, est en mesure de proposer un projet écologique global comme une alternative crédible et opératoire ? Et pas seulement comme une utopie locale ?

Quel modèle social pour le 21ème siècle ?

Cette 4ème et dernière table ronde ne fut pas la moins stimulante.
Après quelques interventions assez attendues sur la nécessité de préserver le modèle social français (Julia Cagé), sur les nouveaux défis de la France dans le monde (Pascal Lamy) ou les enjeux du salarié dans son travail (Dominique Méda, Bernard Thibaut), le débat s’organise autour de la révolution numérique et de ses conséquences pour notre modèle social.

debat-primaireBenoît Thieulin captive le public par une brillante intervention sur la révolution numérique comme opportunité de repenser le travail et les relations (marchandes ou non) entre les individus, et sur la nécessité de penser politiquement cette rupture pour en orienter les conséquences.

Le débat a permis de pointer les grands risques liés à cette mutation, le manque de connaissance que l’on a aujourd’hui de ses implications, mais aussi le fait qu’il s’agit peut-être d’une nouvelle utopie pouvant ré-enthousiasmer nos sociétés.

Que retenir de ces 8 heures de débats ?

D’abord, la conviction que l’idéologie doit être confrontée à un réel en pleine mutation. C’est la condition pour être en mesure de nommer les problèmes, et pouvoir à nouveau s’adresser vraiment aux citoyens.

Ensuite, l’idée que ces débats mettent en évidence une vraie lecture de gauche de la société française de 2016, et des défis auxquels elle doit se confronter. Le projet, en revanche, n’est pas tout à fait mature : il y a des contradictions à dépasser, des sujets à maturer (le djihadisme, le numérique), des échelles à mieux intégrer (transition écologique). Quel sera le processus démocratique pour y parvenir ? Là, les choses restent floues et les positions contradictoires, que ce soit sur l’opportunité et les modalités d’une primaire à gauche, ou les perspectives à attendre du mouvement Nuit Debout situé à 500 mètres de là.

hollande-bashingEnfin, un rejet viscéral du système politique actuel, Hollande en tête. Avec un paradoxe : l’homme de la synthèse est violemment rejeté, alors que cette plate-forme citoyenne aurait justement besoin d’une vision de synthèse du monde d’aujourd’hui, de la société de demain, et du chemin à parcourir. Mais une synthèse construite sur un vrai diagnostic de la situation actuelle, une manière de gouverner différente, guidée par une vision. L’inverse de la méthode hollandaise, en fait.

Fred

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2 commentaires

  1. Boulier
    23 avril 2016
    Répondre

    Y a plein d’idées partout, ça bouillonne, on a eu par exemple l’espoir un moment que Piketty puisse faire appliquer ses idées et puis… et puis rien. On stagne toujours dans les mêmes ornières libérales, les mêmes schémas éculés, la même vision sclérosée de l’Europe et de la politique en général. Pourquoi ? On est vraiment condamné à étouffer lentement dans cet immobilisme ? Pas étonnant que même un Macron ait l’air séduisant, simplement parce qu’il nous change des vieilles momies idéologiques et des vieux encroûtés qui encombrent la scène politique depuis trop longtemps. Juppé, tu parles d’un renouveau ! Hollande, tu parles d’une espérance ! Sarkozy, tu parles… non, on n’en parle même pas.

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